Dans quel état sera l’économie française après la crise du coronavirus et le confinement?

Gaël Vaillant

Une note de l’Insee publiée jeudi assombrit la perspective d’une récession limitée à -1%. La crise du coronavirus pourrait faire des dégâts bien plus importants sur l’économie française.

L’Insee a rendu jeudi matin une première évaluation globale de l’impact des mesures d’endiguement de l’épidémie de coronavirus et le constat est mitigé : l’économie française tourne seulement aux deux tiers avec une industrie à la peine – en particulier le secteur de l’agroalimentaire – et une économie de services largement à l’arrêt. L’absence de moteurs économiques, comme celui du tourisme ou d’une grande partie des services marchands, qui représentent plus de la moitié du PIB français, entraîne une perte d’activités d’environ 35%. Malgré les promesses de soutien de l’Etat, l’économie française n’en sortira donc pas indemne et le retour au niveau de 2019 ne se fera pas à court terme.

Quelle sera l’ampleur de la récession?

L’Insee estime qu’il est bien difficile de déduire aujourd’hui l’ampleur que prendra la récession de l’économie française. L’institut indique ainsi se refuser à toute prévision. Seul chiffre avancé au vu des précédents historiques (la crise post-11-Septembre, la crise financière de 2008 puis la crise des dettes européennes en 2010) : un mois de confinement se traduirait en moyenne par 3 points de PIB en moins sur un an et deux mois de confinement, par -6 points sur un an.

Le gouvernement avait annoncé la semaine dernière une hypothèse de récession de la croissance d’1% et d’une augmentation du déficit public à hauteur de 3,9% du PIB, mais, de l’avis de tous les spécialistes, ces chiffres sont déjà obsolètes.

Le recul sera « très au-delà » de la prévision de -1%, a reconnu mercredi Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie. Selon le rapport de l’agence de notation Moody’s sur l’état mondial de l’économie, publié mercredi soir, la France pourrait connaître un recul de 1,4% en 2020. L’autre agence de notation Standard and Poor’s table plutôt sur -1,7%.

Ces chiffres resteraient pour le moment inférieurs aux deux plongeons historiques de la croissance française. Lors de la crise financière de 2008, la croissance était en effet passée de 2,4% du PIB en 2007 à -2,9% en 2009. Et surtout lors du premier choc pétrolier, elle était passée de 6,3% en 1973 à -1% à 1975. Ces deux crises avaient été suivies par une spectaculaire reprise de la croissance, avec, respectivement, +2% en 2010 et +4,3% en 1976.

Quels secteurs auront le plus de mal à s’en remettre?

Mais le directeur général de l’Insee, Jean-Luc Tavernier, insiste sur le fait que la situation « est très évolutive », soulignant que la reprise d’activités, dans certains secteurs, va permettre de limiter les pertes. Plusieurs chantiers de travaux publics ont en effet repris, au ralenti afin de respecter les conditions sanitaires. Certains groupes comme Airbus incitent également leurs équipes à reprendre le travail.

Quitte à se fâcher avec des sous-traitants. La CGT a en effet demandé aux ouvriers des usines de deux sous-traitants aéronautiques de Haute-Garonne, Latécoère et Mecahers, de faire valoir leur droit de retrait. « Alors que les médecins nous invitent à rester chez nous et qu’on est tous confinés, Airbus et les sous-traitants de l’aéronautique veulent nous faire reprendre le travail le plus vite possible », résume un élu CGT sur la page facebook de son syndicat

D’autres groupes pourraient aussi limiter la casse car ils ont réorienté leurs choix stratégiques en mode « économie de guerre ». C’est le cas du géant du luxe LVMH, qui fabrique en masse du gel hydroalcoolique, ou de la marque de sous-vêtements Eminence, qui a décidé de lancer une productions de masques chirurgicaux. Une partie de ces produits seront vendus aux particuliers et vont permettre de faire rentrer un peu de trésorerie.

Reste que d’autres secteurs sont durement touchés, à commencer par celui du textile et des services marchands qui sont liés. Selon l’Alliance du commerce, la fermeture subite des magasins, pour cause de confinement, a entraîné un coup d’arrêt pouvant être mortel pour de nombreuses enseignes, notamment les petites marques aux faibles stocks et qui n’ont pas suffisamment d’avance de trésorerie.

Dans l’industrie, hors agroalimentaire, seule la moitié de l’activité est maintenue. L’Etat est d’ores et déjà au chevet des grands groupes qui soutiennent l’économie, comme Air France, ADP, Accor, Renault ou Peugeot.

Mais plusieurs de ces groupes ont des sous-traitants qui pâtissent directement des arrêts d’activité. Certains ont pris des mesures pour limiter la casse, à l’instar, par exemple, de l’opérateur Free qui s’est engagé la semaine dernière à payer sans attendre plus de 5.000 factures de plus de 700 fournisseurs.

Combien de temps la reprise peut-elle prendre?

L’évolution du PIB sera « très étroitement liée au scénario de sortie de crise sanitaire », indique l’Insee dans sa note qui précise qu' »un retour à la normale ne [sera] pas immédiat », une fois le coronavirus vaincu.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, n’a pas dit autre chose mercredi en estimant que la crise « sera de plus en plus un choc économique », évoquant un « effort long » dépassant le simple combat contre la maladie.

La reprise dépendra de l’ampleur de la récession et de la solvabilité de l’Etat, obligé d’emprunter et d’investir massivement pour sauver l’économie. Surtout, elle dépendra de la situation de nos partenaires, à commencer par l’Union européenne et les deux superpuissances mondiales, les Etats-Unis et la Chine.

« L’impact de cette crise sanitaire sur les Etats-Unis sera décisif pour le choc sur la croissance française en 2020 », a d’ailleurs affirmé Bruno Le Maire mercredi. Or, l’administration Trump est critiquée pour sa réaction limitée face à l’ampleur de la crise : le président américain estimait encore lundi que l’activité économique reprendra en début de semaine prochaine, alors même que l’épidémie de Covid-19 ne fait que débuter outre-Atlantique et que le nombre de morts se calcule déjà en centaines par jour.

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